Merci pour cette belle découverte,
@Judith: je ne connaissais pas les éditions Fei, dont le catalogue est une mine d'or !!
Je suis sur le point de commencer le
Journal de Kafka, après une tentative manquée il y a cinq ou six ans. Dans la préface de Marthe Robert :
S'il ne parvient pas à se marier ou à renoncer au mariage, à vivre uniquement pour écrire ou à accepter sa profession, ce n'est pas seulement parce que sa singularité porte en elle l'indécision et le déchirement, c'est parce qu'elle se heurte à une certitude qui la dépasse et lui retire toute possibilité de se justifier. Certitude décisive, car si ce n'est pas dans l'individu, mais dans le chœur que réside la vérité, le monde, quel qu'il soit, est dans le vrai, la singularité a tort. Si la vérité est contenue dans l'indissoluble unité du monde humain, hors duquel la vie est absurde est morcelée, l'individu seul n'a pas d'existence vraie, l'isolement n'est qu'une folie, la solitude n'est qu'un refuge trompeur, une fuite devant les responsabilités de la vie. Le jugement que Kafka a porté sur lui-même et qui, dans le Journal, apparaît d'une sévérité inexplicable, ne s'éclaire que par cette certitude qui entraîne des obligations immédiates : surmonter la révolte de l'homme particulier, trouver la voie qui mène à une communauté vivante, enracinée dans un sol, une tradition, une histoire.
Et encore :
Tout, dans cette capitale qui n'est en fait qu'une petite ville, semble concerté pour faire naître l'idée d'une distance absurde, infranchissable, entre des hommes apparemment liés par les mêmes intérêts et le même genre de vie. [...] Ainsi, Prague donne chaque jour à Kafka le spectacle d'une société où la proximité ne fait qu'aggraver la distance, où la séparation, fondée sur une loi tacite, est tacitement observée par tous, comme si la ville elle-même était victime d'un charme.
À l'époque où il entreprend son Journal, Kafka croit pouvoir faire de ses notations quotidiennes un pont entre sa singularité et le commun des hommes [...].