Critiques cinéma

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Re: Critiques cinéma

Message par Invité »

Miss souris a écrit : lun. 29 août 2022 23:04 j'ai vu la nuit du 12
Je l'ai vu aussi et trouvé très beau. Il contient en effet une réflexion sur ce qu'on appelle aujourd'hui les "masculinités toxiques" et la fabrique des féminicides qui m'a paru de grande qualité.
Miss souris a écrit : lun. 29 août 2022 23:04 je m'étais dit (je cite ma propre pensée, et ça me contrarie beaucoup que ce soit ma pensée) "quand même la victime manque de discernement pour s'entourer de types pareils".
Mais c'est le scénario qui t'y a conduite, non? C'est un peu la règle du jeu, au cinéma comme en littérature, de suspendre ses propres idées pour se laisser manipuler l'espace de deux heures. Le film est habilement construit sur ce point : il immerge progressivement le spectateur dans des eaux troubles jusqu'à l'intervention explosive de Nanie -puis, en regard, la belle scène amère entre le policier et la juge trois ans plus tard.

Je ne comprends pas bien ce qui t'a gênée, à moins que tu ne partages vraiment l'idée d'une culpabilité de la victime (et des victimes de violences sexistes en général), mais ça m'étonnerait.

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Miss souris
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Re: Critiques cinéma

Message par Miss souris »

@Judith je pense que ce qui m'a gênée c'est de constater où le scénario m'avait emmenée justement...j'aurais gentiment continué sur la même pente pendant un moment je crois, sans la rupture constituée par la scène dont tu parles. Et je me demande combien de fois ça m'arrive, et si ça m'arrive, dans la vie réelle. J'aimerais pouvoir me raconter qu'au cinéma je laisse tomber des défenses intellectuelles actives dans d'autres contextes. Mais n'en suis pas si sûre.

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Re: Critiques cinéma

Message par Invité »

Miss souris a écrit : mar. 30 août 2022 08:48 Et je me demande combien de fois ça m'arrive, et si ça m'arrive, dans la vie réelle. J'aimerais pouvoir me raconter qu'au cinéma je laisse tomber des défenses intellectuelles actives dans d'autres contextes. Mais n'en suis pas si sûre.
Je comprends, merci d'avoir précisé. C'est parfois difficile de maintenir ses convictions sans se laisser influencer outre-mesure par le milieu où l'on évolue. Quoi qu'il en soit, ton inquiétude me paraît témoigner d'une saine capacité d'autocritique. :)

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Miss souris
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Re: Critiques cinéma

Message par Miss souris »

 
ton inquiétude me paraît témoigner d'une saine capacité d'autocritique. :)
Merci c'est gentil.😊

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Re: Critiques cinéma

Message par GraineDeNana »

Miss souris a écrit : lun. 29 août 2022 23:04 @GraineDeNana , j'ai vu la nuit du 12...et je me suis interrogée sur ma participation à ladite société délétère qui produit ce type de relations hommes/femmes. Parce qu'avant que l'amie de la victime explose en disant à l'inspecteur que sa copine avait rien fait qui justifie sa mort, à part d'être une fille, j'avais considéré la longue litanie d'hommes moralement détestables qui sont les suspects, et je m'étais dit (je cite ma propre pensée, et ça me contrarie beaucoup que ce soit ma pensée) "quand même la victime manque de discernement pour s'entourer de types pareils". Hop, ni vu ni connu je t'embrouille, pour moi aussi quelque part elle est victime par sa faute et par ses choix.( je soupçonne aussi un schéma de type je porte le masque/ je reproche à mon voisin de ne pas faire de même/ en réalité je me rassure en pensant que lui sera "puni" et moi "protégée ". Ici ça donne "elle s'entoure de gens détestables, moi non, donc je ne serai pas victime".) Ce qui sous entend aussi que cette crainte existe couramment. Au moins chez moi.
Zut de zut. Tout ça est très contrariant. Et compliqué. .
Miss souris a écrit : mar. 30 août 2022 08:48 @Judith je pense que ce qui m'a gênée c'est de constater où le scénario m'avait emmenée justement...j'aurais gentiment continué sur la même pente pendant un moment je crois, sans la rupture constituée par la scène dont tu parles. Et je me demande combien de fois ça m'arrive, et si ça m'arrive, dans la vie réelle. J'aimerais pouvoir me raconter qu'au cinéma je laisse tomber des défenses intellectuelles actives dans d'autres contextes. Mais n'en suis pas si sûre.
C'est aussi à ce sujet que l'on peut faire un parallèle intéressant entre le film iranien Les nuits de Mashaad et La nuit du 12 : dans le premier, la société civile (la femme du tueur, son fils, ses amis, puis de plus en plus largement des voisins puis des groupes élargis de représentants du religieux et du judiciaire, mais surtout du religieux) choisit d'accepter la version du tueur : "Mes motivations sont pures, je vous débarrasse de la lie de la société" car ces femmes, prostituées parce que toxicomanes, renvoient cette société à ses échecs les plus graves : le nombre de toxicomanes en Iran a explosé, la toxicomanie concerne 2 à 7 % ( !!!) de la population comme on le voit dans cet article. La société préfère donc considérer leur prostitution comme un effet de leur dépravation morale, qui leur fait (presque) perdre le droit d'être traitées comme des citoyennes et d'être défendues, y compris dans leur intégrité physique.

Dans La nuit du 12, le réalisateur nous amène, par petites touches, à nous poser cette question : "La victime était-elle une fille bien ?", au moment même où cela est exprimé à voix haute par l'amie de la victime en pleine détresse dans cette scène très marquante de face-à-face avec le policier : "Je ne fais que dire des saloperies sur elle." (elle ne veut pas participer à ce passage au crible de la vie de son amie car elle craint que la société, symbolisée par le policier, ne se détourne de la victime comme "pas assez bien" pour qu'on lui rende justice.) Je pense comme @Judith que le réalisateur nous conduit sciemment à cet endroit, pour gratter aussi de ce côté : est-ce qu'au fond, pour nous, il n'y a pas deux catégories de victimes, les vraies et celles "qui l'ont bien cherché" ?
Cela m'a renvoyé à une question que je me pose souvent en écoutant les infos : "Règlement de comptes à Marseille (Grenoble, Ajaccio...), un homme tué par balles devant un bar". La première phrase que je me dis parfois, c'est "bon débarras", et la seconde : "est-ce que les flics qui enquêtent sur ces affaires ont vraiment envie de trouver les meurtriers ?", même si bien évidemment je me raisonne ensuite, mais plus en termes de protection de la société qu'en termes de protection de la vie individuelle. Donc je catégorise ces trafiquants de drogue comme sous-hommes, et j'estime quelque part qu'ils "l'ont bien cherché". Ce qui est faux, personne ne doit s'autoriser à prendre la vie d'un autre, et si un trafiquant de drogue est blessé devant moi je ferai tout ce que je peux pour lui sauver la vie. Pourtant, au fond de ma tête, il existe manifestement une catégorisation des victimes. C'est donc effectivement intéressant que Dominik Moll vienne nous chercher à cet endroit-là. Au moment de la scène avec la meilleure amie, j'ai plutôt pensé, "ah, dans la scène suivante, on va voir les policiers critiquer la victime et se détacher un peu de leur investissement", effectivement il me semble que l'un des policiers fait une réflexion par la suite, mais est recadré de manière sèche par le personnage principal.
L'intérêt du film réside justement dans la personnalité de cet enquêteur qui lui reste hors de tout jugement de la victime, il a besoin de comprendre en détail comment elle vivait pour évaluer chaque suspect, point à la ligne, une victime reste une victime et il se doit de chercher la vérité quelle qu'elle soit. Cependant cette sur-réaction aux paroles de l'autre policier peut être interprétée comme une manière de se défendre de toute ambivalence à ce sujet (alors que probablement l'ambivalence existe, il a seulement fait ses choix et il s'y tient). Un policier doit comprendre assez vite que personne n'est blanc comme neige, et que chaque victime a ses zones d'ombre, plus ou moins étendues, plus ou moins enténébrées...
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Re: Critiques cinéma

Message par FéeNyx »

Hier soir, nous sommes allées voir La Fin d'Oak Street, un film réalisé par David Robert Mitchell et produit par J.J. Abrams. Seconde fois que nous allions au cinéma en moins de quinze jours : un exploit ! ^^ En fait, lorsque nous étions allées voir L’Odyssée, nous avions regardé les prochains films à l’affiche dans le petit cinéma en question et nous avions noté La Fin d’Oak Street, Oklahoma Honey, Mutiny, Verity, Les Contrebandiers et Moulin, dans le dessein d’aller plus souvent au cinéma à l’avenir. Contrairement à L’Odyssée, nous ne nous attendions pas à grand-chose concernant La Fin d’Oak Street. Le risque de déception était donc moins grand. Nous souhaitions essentiellement passer un moment entre nous et nous divertir. Nous étions 15 dans la salle ! ^^
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Finalement, nous l’avons encore moins aimé que L’Odyssée, mais ce n’est pas grave, nous avons pris cela avec le sourire. ^^


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Re: Critiques cinéma

Message par Judith »

GraineDeNana a écrit : ven. 2 sept. 2022 03:10 L'intérêt du film réside justement dans la personnalité de cet enquêteur qui lui reste hors de tout jugement de la victime, il a besoin de comprendre en détail comment elle vivait pour évaluer chaque suspect, point à la ligne, une victime reste une victime et il se doit de chercher la vérité quelle qu'elle soit. Cependant cette sur-réaction aux paroles de l'autre policier peut être interprétée comme une manière de se défendre de toute ambivalence à ce sujet (alors que probablement l'ambivalence existe, il a seulement fait ses choix et il s'y tient). Un policier doit comprendre assez vite que personne n'est blanc comme neige, et que chaque victime a ses zones d'ombre, plus ou moins étendues, plus ou moins enténébrées...
Je rebondis sur cette discussion assez ancienne, à propos d'un point précis qui n'avait pas été évoqué. J'ai revu le film récemment (donc La nuit du 12, de Dominique Moll, pour ceux qui ont la flemme de relire les messages) et en parallèle, j'ai lu le récit du cas réel dont il s'inspire, raconté dans le beau livre de Pauline Guéna, 18.3 - Une année à la PJ. Il y a beaucoup de différences entre le film et le récit journalistique d'origine, qui conduit une réflexion très éloignée de celle de Dominique Moll sur les causes possibles du meurtre (notamment parce qu'un des suspects est une femme, qui avait préalablement attiré la victime dans le piège d'un viol collectif pour des raisons assez troubles, et que la jeune inspectrice de la dernière partie n'apparaît pas - la trame du récit, moins épurée, laisse donc moins percevoir l'analyse "systémique" du machisme que celle du film) : mais la différence principale est sans doute le choix de la part de Dominique Moll d'éluder la blessure personnelle qui pousse l'enquêteur à s'acharner sur le cas au delà du raisonnable : la perte d'une sœur qui aurait eu l'âge de la victime. Ce refus de psychologiser l'enquête la rend plus universelle et la tire du côté du conte, cela m'a frappée face à ce contraste avec le matériau d'origine. Les métaphores de la piste cyclable, du col de montagne et de la fleur bleue en ont acquis pour moi une signification nouvelle, du coup. :)
Et ça reste un beau film. :) J'ai pensé à du Lynch plusieurs fois, est-ce que quelqu'un d'autre a fait le rapprochement? :help: @Miss souris, tu n'as pas trouvé que la résidence et ses habitants avaient un petit côté Twin Peaks, surtout dans les scènes de nuit?
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Re: Critiques cinéma

Message par Miss souris »

Pour Twin Peaks, peut être. Mais avec le risque de la reconstruction a posteriori, vu que je n'ai pas revu le film, c'est l'ambiance de conte qui m'a frappée davantage. Dans les scènes nocturnes, tout peut arriver, un côté mise en garde de Chaperon Rouge, petites filles ne sortez pas des jupes de Mère Grand. Un miroir intéressant à la brochette de suspects tous plus lamentablement machistes les uns que les autres, et un renforcement à l'effet de pirouette que j'avais évoqué à l'époque, le spectateur (et peut être surtout la spectatrice, histoire de se rassurer) arrivant juste avant le flic à la pensée que cette fille choisissait bien mal son entourage, et que quand même, faut pas être bien fufute. Et quand le pas beau dit pareil, la spectatrice se prend le film dans les dents...du beau boulot.

Me voilà en train d'essayer de visionner mentalement des portions de Twin Peaks pour voir si j'y trouve une ambiance de conte. Après euh...trente cinq ans ? Que tout ça passe vite...c'est un peu beaucoup une gageure, quand même.

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Re: Critiques cinéma

Message par Judith »

Pas grave, laisse tomber. Twin Peaks date chez moi aussi, c'était juste une impression. :)
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Re: Critiques cinéma

Message par Judith »

Miss souris a écrit : mar. 18 août 2026 18:37 Mais avec le risque de la reconstruction a posteriori, vu que je n'ai pas revu le film, c'est l'ambiance de conte qui m'a frappée davantage. Dans les scènes nocturnes, tout peut arriver, un côté mise en garde de Chaperon Rouge, petites filles ne sortez pas des jupes de Mère Grand.
8o Je crois effectivement que tu reconstruis trop, avec un procès d'intention à l'auteur qui me semble injuste. Honnêtement, s'il y a une morale au récit, ce n'est pas qu'il faut restreindre la liberté des femmes pour les protéger (même si le lien entre le comportement à risques de la jeune fille et sa mort semble évident, le film a précisément l'intelligence de ne pas le faire, en conservant le mystère de cette mort).
Mais je ne pensais pas à un conte à morale, à vrai dire, plutôt à une ambiance à la limite du fantastique.
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Re: Critiques cinéma

Message par FéeNyx »

Hier, nous sommes allées voir le film Oklahoma Honey, réalisé par Andrew Patterson.

C’est un film assez spécial, original, surprenant et déroutant par moments. Je ne savais parfois pas trop où le scénariste voulait aller, en venir ou nous emmener. Il y a des ruptures : ton, temps, narration... Il y a d’ailleurs deux parties, en quelque sorte.

L’on assiste à un mélange des genres : drame, comédie, enquête…
Certains personnages sont décalés et hauts en couleur. Oklahoma Honey contient un p’tit grain de folie.
Si le ton était resté humoristique de bout en bout, j’aurais sans doute moins apprécié ce film, d’autant plus que certaines touches d’humour ne m’ont pas forcément fait rire. (Certaines scènes/images sont inattendues : elles surgissent d’un coup. L'une d'entre elles m'a d'ailleurs choquée, donc j'ai baissé la tête.) Fort heureusement, il y a aussi une certaine dose de sérieux et d’émotions, donc Oklahoma Honey est parvenu à me toucher. Il y a de l’authenticité, de la tendresse, de la chaleur humaine, etc.

Matthew McConaughey est charmant, touchant et charismatique dans le rôle d’Amziah King. Belle performance.
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Celle des autres acteurs n’est pas mauvaise non plus.

Plusieurs réflexions sont menées : l’amitié, la famille, la communauté, etc. Un parallèle est notamment fait entre la communauté des abeilles et celle des Hommes. J’ai d’ailleurs apprécié les images d’abeilles.

Oklahoma Honey est par ailleurs un film musical (bluegrass) et ça, j’ai bien aimé. :nod: :)

Ce film est assez inégal, il y a quelques longueurs, etc., mais à la fin, je me suis dit que je l’avais tout de même bien aimé dans l’ensemble, alors que j’avais craint le contraire à certains moments.
En définitive, je lui attribuerais sans doute une note autour de 14/20.
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