Pascalita a écrit : jeu. 24 juil. 2025 09:18
Fugace a écrit : mer. 23 juil. 2025 22:03
Et la question qui me taraude est la suivante : à partir de quel degré de financement gouvernemental une ONG ne mérite-t-elle plus son titre. D'organisation non-gouvernementale. Surtout que l'on connaît l'état américain et ce ne sont pas des philanthropes dans l'âme, ils ne l'ont jamais été. Ce sont des anglo-saxons et de ce fait sont-ils des pragmatiques. Les Allemands, les Français peuvent éventuellement financer des ONG par principe, simplement par idéalisme mais ce n'est pas le cas des anglo-saxons. Et moins encore dans le cadre d'un hégémon aux visées impérialistes, ce que sont ou étaient les USA.
Bien sûr, et poser la question est sain. Il y a eu des scandales liés à l'utilisation des fonds par certaines ONG avant la décision de fermer USAID. Mais poser la question et y répondre, surtout par une réponse uniforme et englobante, sont deux choses différentes. Sans être naïve ni innocente, il me semble que mettre tout le monde dans le même sac n'est jamais la réponse. Et bien sûr, la complexité et les multiples intrications du monde actuel rendent la tâche ardue.
Je ne nie pas l'existence du soft power américain - il n'est pas nouveau. Je ne nie pas non plus le pouvoir que donne l'argent à celui qui le donne. Mais c'est bien pour cela qu'il existe des mécanismes de garantie et de surveillance ; ils ne sont pas parfaits non plus, c'est certain, et il y aura sûrement toujours des abus, mais en conclure automatiquement que tout financement par subvention (ou non, comme tu le fais pour l'AFP) est une tentative de corruption, ou implique de la corruption, de même que postuler que toute subvention implique automatiquement une contrepartie, c'est un abus de raisonnement, voire de la calomnie. Le risque existe, certes, et il faut s'en prémunir par tous les mécanismes possibles, mais faire d'une probabilité une certitude, encore une fois, c'est une erreur, et ça mène à la calomnie.
Oui j'ai tendance à généraliser un peu hâtivement, c'est vrai, mais pas non plus sans raison. Si tu prends le cas d'Action contre la Faim il y avait 110 millions de dollars de financement étatique US, sur un budget total estimé entre 300 et 400 millions... A ce stade-là, je pense que l'on peut parler d'officine. Pour l'aspect pragmatique des anglo-saxons c'est une constante de leur histoire, cela fait partie de leur psychologie. C'est assez difficile à justifier je le reconnais, mais nous les fréquentons depuis plusieurs siècles et c'est théoriquement un fait admis. Nous sortons également d'un demi-siècle de guerre froide et le
soft power américain est en effet connu et documenté. D'où la conclusion que les USA ne distribuent pas de l'argent gratuitement, par philanthropie. Cela ne correspond ni à leur psychologie, ni à leur histoire récente. Je veux bien croire aux mécanismes internes des ONG pour se prémunir de toute ingérence, il est certain qu'ils existent et peut-être sont-ils efficaces. Mais je crois aussi à la rouerie des états qui ont besoin d'eux. Tu as raison sur ce point cependant, il est difficile de trancher de façon absolue et universelle quant au résultat de l'affrontement de ces deux logiques dans chacune des ONG et une probabilité n'est pas une certitude.
Pour l'AFP il reste intéressant de remarquer leur annonce d'un manque à gagner de 8 millions de dollars début 2025. La coïncidence temporelle avec le démantèlement de l'USAID est assez remarquable. Après, corrélation n'est pas causalité et cela reste une supposition mais eux-mêmes reconnaissent un lien fort avec l'arrivée de Trump au pouvoir :
Selon lui, après sept années de progression continue, les "revenus commerciaux" de l'AFP "vont régresser cette année", avec près de 8 millions d'euros en moins par rapport à ce qui est prévu dans le budget. Ce "recul" a plusieurs raisons. D'abord, un "attentisme économique mondial lié à la crainte d'une récession".
Ensuite, des annulations de contrats dues à "la pression" mise par des "gouvernements autoritaires ou populistes" sur des clients de l'AFP.
A ce titre, il a cité la fin du programme de fact-checking de Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) aux Etats-Unis, auquel participait l'AFP, et "l'arrêt brutal" du contrat avec la radio publique Voice of America, que l'administration Trump veut démanteler.
https://www.france24.com/fr/info-en-con ... A9conomies
Et il serait loin d'être étonnant que les USA, en position d'hégémon sur l'Occident, n'aient pas pris la peine de s'assurer un minimum de contrôle sur les sources d'informations des pays "vassalisés". Je pense qu'il est bon d'être lucide sur notre propre situation géopolitique et nous avons beaucoup de caractéristiques d'un pays vassal, depuis les années 50. Phénomène variable ensuite, des hauts et des bas, mais qui semble avoir gagné en intensité et en stabilité depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. A titre personnel cela me heurte quelque peu, mais je préfère ne pas me bercer d'illusions. Et la structure pyramidale de l'information en France possède une faiblesse claire par cette source unique d'information officielle. Cependant ne versons pas dans la calomnie, il reste possible que les américains aient assez d'idéaux pour vouloir préserver notre liberté de pensée, ou que nos structures soient suffisamment résilientes pour ne pas céder à leurs pressions. De nouveau, cela reste une estimation statistique et pas une affirmation certaine. C'est une possibilité.
Sur le fond de la question maintenant, je suis d'accord avec toi que sur le fait que la manipulation de l'information à disposition, même quand elle est vérifiée (c'est-à-dire ce qu'on choisit de présenter, ce qu'on choisit de taire, et la façon dont on présente ce qu'on présente) est un moyen d'influencer l'opinion publique, et qu'il est largement utilisé. Là aussi, les mécanismes de garantie (le respect du code de déontologie par les journalistes) sont extrêmement importants, et pas toujours suffisants. Le simple fait de publier une photo d'un enfant d'une maigreur à faire peur, comme celle que j'ai vue hier sur l'application du journal auquel je suis abonnée (pour sa version papier, laquelle contient hélas également des photos, ce qui n'était pas le cas dans le temps), est un appel à l'émotionnel et est pour moi à la limite des pratiques neutres - raison pour laquelle je me garde des médias télévisuels, et normalement, des canaux d'information basés sur l'image et les titres-choc, comme les médias internet. Choisir de montrer, c'est braquer la lunette sur un point, et donc focaliser sa vision.
"Le poids des mots, le choc des photos", c'est et ce sera toujours d'actualité...
Oui c'est un vrai sujet. Ce qui m'ennuie au fond est que les médias étaient un contre-pouvoir, un pilier essentiel pour maintenir une démocratie forte et vivante. Et aujourd'hui, entre les rachats par les milliardaires et les ingérences étatiques, ce ne sont plus que des outils au service d'une information dirigée. Avec tous les attributs d'apparat, le vernis illusoire qui permet d'y croire encore si l'on veut, mais au fond je ne suis pas certain qu'il existe encore véritablement une presse libre en occident comme nous avons pu en connaître au début du XXe siècle. "Porter la plume dans la plaie" le métier de journaliste a été noble, un jour.
Prenez le cas du Canard Enchaîné par exemple, parangon de la presse libre et outrecuidante. On sait aujourd'hui qu'une de ses plus grandes plumes des années 60 était payée directement par le bloc soviétique.
https://www.nouvelobs.com/monde/2022021 ... entin.html
Idem pour l'ancien directeur de l'Express
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_ ... A9publique.
Du coup, c'est très délicat, de toucher à ces sujets. Relayer des sources d'information pour que ceux qui le veulent soient éclairés sur une certaine situation à un endroit donné, c'est une chose ; relayer de l'émotionnel, ç'en est une tout autre. Séparer les deux, c'est la quadrature du cercle...
C'est très délicat, je te rejoins là-dessus. Nous avons un vrai problème dans l'Occident post-moderne avec les appels à l'émotionnel, nous semblons avoir perdu collectivement la faculté de raisonner de façon cartésienne (du point de vue collectif, pas individuel). Mais de toute façon, c'est une sale période historique à quasiment tous les niveaux.
@Holi
Ton raisonnement et tes explications ne vont que dans un sens : tenter de discréditer tout ce qui prouve qu'Israël est en train d'affamer sciemment les gazaouis.
Pas tout à fait, j'ai dit plus haut qu'il est très possible qu'Israël affame sciemment la population afin de négocier avec X ou Y, cela correspondrait à leurs méthodes habituelles. Mais par contre je doute que le processus aille plus loin qu'une menace, compte-tenu des logiques de la zone. Et je continue de douter de la parole déclarative d'un médecin gazaoui sur les 21 enfants morts. Ca ne lui coûte rien de dire ça, il n'avance pas de preuve et par contre, cela fait un effet remarquable sur les bons sentiments.
Pour le déplacement des populations, vous remarquerez qu'aucun pays arabe ne se précipite pour accueillir les gazaouis. Rappelons que leur arrivée massive dans les années 70 a littéralement détruit le Liban. La Palestine est très utile pour agiter la rue, montrer les muscles, focaliser la colère et le ressentiment sur un objet extérieur mais en aucun cas ils n'en veulent chez eux. Et la France, bonne fille, qui ouvre ses frontières à tous les gazaouis sur la simple décision d'un tribunal administratif... C'est à se cogner la tête contre les murs.
Tout le monde ment ou est sous influence, mais toi, tu sais la vérité.
Sans pour autant suivre de près l'actualité du sujet , comme tu le dis toi même.
Sincèrement désolé si j'ai l'air arrogant ou trop affirmatif. Je crois qu'en fait je supporte de moins en moins cette période dans sa globalité et ce sujet-là en particulier. Plus rien n'a vraiment de sens et de partout les logiques ont l'air inversées, toutes les décisions prises à l'envers. Ca me hérisse et me maintient dans un état de nerfs permanent qui est extrêmement désagréable. Vraiment, je m'excuse si je m'exprime mal ou trop.
Si tout n'est que propagande, où est celle du camp adverse ? Selon le principe "plus c'est gros, plus c'est cru", on devrait s'attendre à voir des enfants palestiniens joufflus, dansant la farandole en jetant du riz en l'air, pour démontrer que personne ne meurt de faim à Gaza. Or, on n'entend qu'un silence gêné en réponse aux récits des horreurs supposés ou réels. Ce que j'en déduis à titre personnel est que les intéressés ne tentent pas spécialement de se cacher de leurs intentions abjectes, tellement ils sont sûrs de parvenir à leurs fins et tellement ils ne se soucient pas de l'opinion publique.
Ne t'en fait pas trop pour la propagande israélienne, si tu ne la vois pas c'est qu'elle est efficace. Ils ont même créé un mot spécifique pour la désigner, tellement l'art est entré dans leurs mœurs :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hasbara
@InMedio merci pour ton message, en phase là-dessus. Juste une remarque, quand on dit "Les USA" ou "Les Iraniens" cela correspond à la volonté de leur appareil d'état, pas à la population qui peut, elle, avoir des aspirations différentes. Sur ce, je pense m'astreindre à ne plus réagir à ce sujet c'est contre-productif et ne changera rien ou pas grand-chose.