Je l'ai fini aujourd'hui : c'est peut-être le livre le plus beau, le plus grand, le plus généreux que j'aie jamais lu. Je l'ai commandé en portugais pour relire dès que possible quelques-uns des innombrables passages que j'ai marqués d'une croix dans mon édition française.Tortue a écrit : mer. 10 avr. 2024 22:22 Je suis en train de lire un livre qui deviendra sans aucun doute l'un de mes préférés, Diadorim, de João Guimarães Rosa. Je ne l'avais pas terminé à ma première tentative mais cette fois c'est la bonne (et pas la dernière).
Que lisez-vous en ce moment ?
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis en train de finir Marchands de folie, des frères Bonnef, une compilation d'articles remontant au début du XXe siècle, et exposant de façon limpide les rouages du commerce des spiritueux, la captation de la clientèle à qui on fait boire sa paie dans le même instant qu'on la lui verse. C'est clinique (autrement dit ça n'est pas du Zola), affreux, hélas toujours pertinent. On a simplement trouvé autre chose que "la bleue" depuis.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
C'est intéressant, je note de le lire. Les frères Bonneff étaient des journalistes de grande qualité.
Est-ce que les articles parlent de la question de l'éther? Je ne pense pas qu'il entre dans la catégorie des spiritueux, plutôt dans celle des stupéfiants, donc ça ne doit pas être le cas. J'y pense parce que c'est une "drogue des pauvres" qui a fait des ravages énormes dans les classes subalternes, peut-être presque autant que l'alcool.
L'absinthe est de toute façon redevenue légale depuis les années 2000, je crois. Elle avait beaucoup tué, j'imagine qu'elle le fait encore.PointBlanc a écrit : dim. 12 mai 2024 09:10 On a simplement trouvé autre chose que "la bleue" depuis.
Est-ce que les articles parlent de la question de l'éther? Je ne pense pas qu'il entre dans la catégorie des spiritueux, plutôt dans celle des stupéfiants, donc ça ne doit pas être le cas. J'y pense parce que c'est une "drogue des pauvres" qui a fait des ravages énormes dans les classes subalternes, peut-être presque autant que l'alcool.
Πόλλ' οἶδ' ἀλώπηξ, ἀλλ' ἐχῖνος ἓν μέγα (Le renard sait beaucoup de choses, le hérisson n’en sait qu’une grande).
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Ils n'évoquent pas l'éther, peut-être parce que sa consommation, contrairement à celle de l'alcool sous toutes ses formes, ne faisait pas l'objet d'un commerce dont bien souvent les patrons des ouvriers poussés à boire (par leurs pairs, par l'instauration de pauses explicitement consacrées à "restaurer leurs forces", par un système d'embauche qui passait par le cabaret...) tiraient eux-mêmes un bénéfice (il leur suffisait pour cela de s'établir aux deux bouts de la chaîne) ; sans compter que les effets de l'éther me semblent moins compatibles avec le travail que petit coup ravigotant qui te fait pelleter la chaux comme douze bonshommes.
En écrivant ce que tu cites, je pensais à tout autre chose - disons à l'industrie du divertissement, à toutes les machines à rêves auxquelles on peut songer.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Oui, bien sûr. Note qu'à l'époque de l'absinthe, on gavait déjà les milieux laborieux un peu aisés, disons ceux où l'on savait lire, de romans-feuilletons guère différents des séries actuelles (dénoncés pour leurs capacités abrutissantes et leurs idéologies conservatrices avec des arguments à peu près identiques à ceux d'aujourd'hui, d'ailleurs). Mais tu aurais pu penser aussi aux médicaments - la crise des opioïdes, qui touche actuellement le monde entier après avoir ravagé les USA, en dit long sur le sujet.PointBlanc a écrit : dim. 12 mai 2024 15:33 disons à l'industrie du divertissement, à toutes les machines à rêves auxquelles on peut songer.
Hors-sujet
En écrivant, je pense au beau film d'Ari Folman, Le Congrès, une dystopie où la collusion entre l'industrie pharmaceutique et celle du divertissement plonge un monde entièrement asservi dans une hallucination permanente. Je ne sais pas si tu l'as vu.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Il me semble qu'il y a tout de même une différence : c'est qu'il n'existe pas à ma connaissance de discours émanant d'un pouvoir quelconque et qui valoriserait la consommation d’opioïdes. Alors que selon les frères Bonnef, aux yeux du patron, un ouvrier qui boit, c'est un bon ouvrier : la consommation d'alcool est liée à tout un imaginaire (l'homme fort, le bon camarade, etc.) que ne peut pas vraiment revendiquer le fentanyl.
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Pas vu ! Je vais voir à réparer cet oubli 
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Trouvé dans une boîte à livres et parce que la librairie Mollat a écrit sur la couverture derrière qu'il était bien et que j’aime bien la librairie Mollat, je l'ai pris.
J'ai plusieurs fois pensé à Il faut bien écrire pour quelqu'un de PointBlanc en lisant les deux premières parties, il y en a onze.
Bon, je viendrai dire à la fin.
Pour l'instant, c'est troublant, assez étrange.
J'ai plusieurs fois pensé à Il faut bien écrire pour quelqu'un de PointBlanc en lisant les deux premières parties, il y en a onze.
Pour l'instant, c'est troublant, assez étrange.
Le premier jour du reste de ma vie : Un jour, J'ai pu observer que la poutre que je voyais dans l'oeil de mon voisin, je l'avais fait devenir paille dans le mien. Alors même que nous buttions sur les mêmes (em)bûches. Depuis, plus rien n'est pareil..
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Oui, je lirai volontiers ton avis. J'en ai entendu parler mais j'ai hésité.
De mon côté, comme souvent à cette période de début de vacances, je suis retombée dans une des mes marottes les plus intenses, les romans chinois en langue vernaculaire des Ming et des Qing. J'ai décidé de privilégier une relecture que je fais de toute manière au moins une fois l'an (Le Rêve dans le Pavillon Rouge) et d'enchaîner sur une dizaine de titres encore inconnus de moi, la plupart indisponibles en traduction française et même anglaise -il me faudra donc les lire en chinois. Si vous ne me revoyez plus dans le forum avant un petit moment, ne vous étonnez pas.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Alors, je viens de finir la partie 8 (sur 11 donc), à la partie 5, j'ai été très mal à l'aise après avoir une tension et un sentiment désagréable qui a cru régulièrement au cours des parties 3 et 4 et à la partie 6 j'ai failli ... vomir.
Je n'ai pourtant pas lâché, je ne comprends pas complètement mon acharnement. D’autant plus que je me suis dit, " OK, si ça continue encore à la partie 7, je stoppe" et vous savez quoi ?
Ça s'est calmé.
Je vais terminer car je suis affublée d'une obsession pathologique : finir son livre comme on doit finir son assiette. Même si on n'aime pas. Sauf si on est dégoutté bien sûr, mais quelque chose me dit que la boucherie sadique de la partie 6 est finie.
Je ne m'attendais pas à ça, d'autant plus que les critiques que j'avais lues ça et là ne le mentionnaient pas du tout. Ou bien est-ce moi qui suis trop sensible, peut-être.
Par contre, les références avec jeu de mots me semblent bien médiocres au regard du niveau de langage employé.
En tout cas, quoi qu'il se passe dans les parties à venir et même si cela s'avérait génial à mon sens, je ne conseille pas ce livre,
Le premier jour du reste de ma vie : Un jour, J'ai pu observer que la poutre que je voyais dans l'oeil de mon voisin, je l'avais fait devenir paille dans le mien. Alors même que nous buttions sur les mêmes (em)bûches. Depuis, plus rien n'est pareil..
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Bouclé.
Fin dépitante.
En fait deux parties ça suffisait.
Les deux premières hein.
Fin dépitante.
En fait deux parties ça suffisait.
Les deux premières hein.
Le premier jour du reste de ma vie : Un jour, J'ai pu observer que la poutre que je voyais dans l'oeil de mon voisin, je l'avais fait devenir paille dans le mien. Alors même que nous buttions sur les mêmes (em)bûches. Depuis, plus rien n'est pareil..
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis moins courageuse. Je lis le code vagnon. C'est joli, coloré, accessible.
Pas encore le mal de mer donc tout va bien.
Ça compte peut-être pas comme lecture
Pas encore le mal de mer donc tout va bien.
Ça compte peut-être pas comme lecture
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Tous les silences ne font pas le même bruit. Histoire d'une différence de Baptiste Beaulieu (L'iconoclaste, octobre 2024).
Un curieux objet, à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai militant. Beaulieu, on aime ou on déteste en général, et malheureusement pour moi, je fais plutôt partie de la seconde catégorie de lecteurs.
Le livre entrelace quatre types de matériaux : les récits intimes, les données factuelles, essentiellement statistiques, les anecdotes tirées de la pratique médicale de l'auteur et les déclarations politiques. L'unité de l'ensemble est assurée par une série de questions fréquemment posées aux homosexuels, où "homosexualité" est remplacé par "hétérosexualité" pour en faire ressortir l'absurdité - un procédé habile mais artificiel et vite lassant. Sont successivement traités de la sorte un certain nombre de points d'importance inégale : le sentiment de solitude, la difficulté à se construire une sexualité cohérente, l'homophobie ordinaire, la relation entre homosexualité et violences sexuelles, l'accès au mariage et à la parentalité.
Le résultat est à la fois touchant et irritant, terriblement maladroit par moments mais réussi dans l'ensemble : Beaulieu attendrit les cœurs tendres comme il le faire, il amène à réfléchir à partir de grilles de lectures inattendues, son propos porte et c'est l'essentiel. La question que je me suis posée est celle du public visé : à qui parle-t-il? Je crains que ce ne soit à un public déjà acquis à ses thèses, et en ce sens, l'ouvrage n'est peut-être pas très utile. Mais va savoir?
Dans un même ordre d'idée, avec la même étrangeté mais infiniment plus de finesse et de recul, j'avais préféré Un savoir gai de William Marx, qui mélange à peu près les mêmes matériaux si l'on remplace les anecdotes médicales par des anecdotes universitaires et la politique par la philosophie, et couvre à peu près le même champ de questionnement à partir d'une expérience vécue très proche dans ses aspects révoltants comme dans ses dimensions plus heureuses, sans être similaire (Marx appartenant à un milieu beaucoup plus favorisé que celui de Beaulieu, et toute trajectoire étant nécessairement singulière).
Les deux sont à lire de toute façon.
Un curieux objet, à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai militant. Beaulieu, on aime ou on déteste en général, et malheureusement pour moi, je fais plutôt partie de la seconde catégorie de lecteurs.
Le livre entrelace quatre types de matériaux : les récits intimes, les données factuelles, essentiellement statistiques, les anecdotes tirées de la pratique médicale de l'auteur et les déclarations politiques. L'unité de l'ensemble est assurée par une série de questions fréquemment posées aux homosexuels, où "homosexualité" est remplacé par "hétérosexualité" pour en faire ressortir l'absurdité - un procédé habile mais artificiel et vite lassant. Sont successivement traités de la sorte un certain nombre de points d'importance inégale : le sentiment de solitude, la difficulté à se construire une sexualité cohérente, l'homophobie ordinaire, la relation entre homosexualité et violences sexuelles, l'accès au mariage et à la parentalité.
Le résultat est à la fois touchant et irritant, terriblement maladroit par moments mais réussi dans l'ensemble : Beaulieu attendrit les cœurs tendres comme il le faire, il amène à réfléchir à partir de grilles de lectures inattendues, son propos porte et c'est l'essentiel. La question que je me suis posée est celle du public visé : à qui parle-t-il? Je crains que ce ne soit à un public déjà acquis à ses thèses, et en ce sens, l'ouvrage n'est peut-être pas très utile. Mais va savoir?
Dans un même ordre d'idée, avec la même étrangeté mais infiniment plus de finesse et de recul, j'avais préféré Un savoir gai de William Marx, qui mélange à peu près les mêmes matériaux si l'on remplace les anecdotes médicales par des anecdotes universitaires et la politique par la philosophie, et couvre à peu près le même champ de questionnement à partir d'une expérience vécue très proche dans ses aspects révoltants comme dans ses dimensions plus heureuses, sans être similaire (Marx appartenant à un milieu beaucoup plus favorisé que celui de Beaulieu, et toute trajectoire étant nécessairement singulière).
Les deux sont à lire de toute façon.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de lire Ravage de Barjavel et de découvrir par la même occasion les débats critiques et politiques à son sujet. J'avais lu il y a bien longtemps La nuit des temps sans rien connaître de tout cela mais je n'ai pas eu à beaucoup forcer les choses pour me poser des questions et tirer sur le fil dès les premières pages et en remarquant l'année d'édition : 1943.
Ravage donc, paru en pleine occupation (donc sous le regard de la censure vichyste) chez Denoël, éditeur connu pour ces accointances avec l'occupant. Barjavel aura de même fait paraître quelques textes dans "je suis partout", le journal collaborationniste et antisémite. Le tableau est assez lourd et la critique n'a pas manqué de rapprocher ces faits du texte qui exalte le corps, le patriarcat et le retour à la terre. Le dernier chapitre est si outrancier dans ses propos misogynes qu'il m'a arraché des éclats de rire. Un intervenant d'une intéressante émission sur France Culture laissait entendre que ce chapitre aurait été un peu forcé par Denoël sans donner plus de source à ce propos.
L'affaire pourrait être entendue mais elle soulève cependant chez moi beaucoup de questions : d'une part j'avais lu, juste avant Ravage, le Mont Analogue de Daumal dont certaines saillies entre racisme et misogynie m'avaient fait un peu sursauter et j'avais essayé de remettre cela dans le contexte de l'époque. Dans le détail les choses me paraissent tout de même bien plus complexe et les tentatives de faire rentrer Ravage dans le format d'une glorification du projet pétainiste me semblent assez maladroites : la célébration de la procréation se voit opposée, dans mon souvenir, à la description d'une des civilisations de la nuit des temps dont la démographie et l'impérialisme étaient causes du désastre initial, l'exaltation du corps au travail contre la soumission au confort technologique me paraît plus en lien avec les racines de l'auteur qu'avec une idéologie au pouvoir et sa vision plus écologique disons (avec un certain anachronisme) du rapport à la nature serait aujourd'hui certainement de gauche, d'autant que dans mes souvenirs le fascisme italien était assez proche du futurisme et du désir d'accélération technique.
Cela ne fait pas disparaître la teinte très douteuse du récit et sa misogynie parfois choquante, mais j'aurais envie de creuser un peu plus l'affaire, parce que d'une part c'est un auteur fondateur de la science fiction française et d'autre part parce qu'il est encore parfois proposé dans les collèges / lycées. J'ai cependant du mal à mettre la main sur un appareil critique digne de ce nom qui passerait à la question la thèse d'une proximité forte entre la pensée de Barjavel et l'idéologie d'extrême droite. C'est d'autant plus agaçant que c'est un bouquin qui réussit sur pas mal de plans à être pertinent ou à poser des questions.
Si quelqu'un a des connaissances ou des liens à me proposer, je suis client
Ravage donc, paru en pleine occupation (donc sous le regard de la censure vichyste) chez Denoël, éditeur connu pour ces accointances avec l'occupant. Barjavel aura de même fait paraître quelques textes dans "je suis partout", le journal collaborationniste et antisémite. Le tableau est assez lourd et la critique n'a pas manqué de rapprocher ces faits du texte qui exalte le corps, le patriarcat et le retour à la terre. Le dernier chapitre est si outrancier dans ses propos misogynes qu'il m'a arraché des éclats de rire. Un intervenant d'une intéressante émission sur France Culture laissait entendre que ce chapitre aurait été un peu forcé par Denoël sans donner plus de source à ce propos.
L'affaire pourrait être entendue mais elle soulève cependant chez moi beaucoup de questions : d'une part j'avais lu, juste avant Ravage, le Mont Analogue de Daumal dont certaines saillies entre racisme et misogynie m'avaient fait un peu sursauter et j'avais essayé de remettre cela dans le contexte de l'époque. Dans le détail les choses me paraissent tout de même bien plus complexe et les tentatives de faire rentrer Ravage dans le format d'une glorification du projet pétainiste me semblent assez maladroites : la célébration de la procréation se voit opposée, dans mon souvenir, à la description d'une des civilisations de la nuit des temps dont la démographie et l'impérialisme étaient causes du désastre initial, l'exaltation du corps au travail contre la soumission au confort technologique me paraît plus en lien avec les racines de l'auteur qu'avec une idéologie au pouvoir et sa vision plus écologique disons (avec un certain anachronisme) du rapport à la nature serait aujourd'hui certainement de gauche, d'autant que dans mes souvenirs le fascisme italien était assez proche du futurisme et du désir d'accélération technique.
Cela ne fait pas disparaître la teinte très douteuse du récit et sa misogynie parfois choquante, mais j'aurais envie de creuser un peu plus l'affaire, parce que d'une part c'est un auteur fondateur de la science fiction française et d'autre part parce qu'il est encore parfois proposé dans les collèges / lycées. J'ai cependant du mal à mettre la main sur un appareil critique digne de ce nom qui passerait à la question la thèse d'une proximité forte entre la pensée de Barjavel et l'idéologie d'extrême droite. C'est d'autant plus agaçant que c'est un bouquin qui réussit sur pas mal de plans à être pertinent ou à poser des questions.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je n'ai pas de référence précise à te proposer pour le moment, mais cette émission de France-Culture pourrait t'intéresser. Ugo Bellagamba, un juriste lui-même auteur de science-fiction et bon spécialiste de l'utopie dans ce genre, y analyse la fin de Ravage dans un sens qui me paraît juste : un apologue ironique qui voit l'échec de la communauté néo-rurale, misogyne et technophobe de François Deschamps. Donc une critique voilée de l'idéologie vichyste, renvoyée dos à dos avec les excès modernistes américains parodiés au début du roman.enufsed a écrit : lun. 26 mai 2025 20:46 Si quelqu'un a des connaissances ou des liens à me proposer, je suis client
C'est ici : L'économie selon René Barjavel.
Je vais chercher d'autres suggestions. Barjavel était antisémite comme beaucoup de gens à l'époque. Il a été maréchaliste par opportunisme plus que par conviction profonde, me semble-t-il, et son rapport à l'extrême-droite française est assez complexe (un peu comme celui d'un Giono).
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
À la lecture du post d'enuf j'ai commencé à me dire "oui ok il y a cette forme de misogynie mais bon... Le héros meurt quand même et il n'a pas pu empêcher que les machines à vapeur réapparaissent..."
Bref mon cerveau c'est mis en mode "ok mais ça dépend" - mode qu'on pourrait appeler le mode AS d'ailleurs mais je digresse.
Judith a très bien résumé la chose, d'abord remettre dans le contexte, puis essayer de vraiment comprendre l'œuvre.
Une réflexion qui devient trop rare.
Au passage une régression des avancées féministes lors d'un effondrement, c'est un thème récurrent du post-apocalyptique, qu'on peut voir même dans des œuvres récentes, et il me semble que même Jancovici en a parlé, donc je ne vois pas pourquoi il faudrait blâmer Barjavel.
Bref mon cerveau c'est mis en mode "ok mais ça dépend" - mode qu'on pourrait appeler le mode AS d'ailleurs mais je digresse.
Judith a très bien résumé la chose, d'abord remettre dans le contexte, puis essayer de vraiment comprendre l'œuvre.
Une réflexion qui devient trop rare.
Au passage une régression des avancées féministes lors d'un effondrement, c'est un thème récurrent du post-apocalyptique, qu'on peut voir même dans des œuvres récentes, et il me semble que même Jancovici en a parlé, donc je ne vois pas pourquoi il faudrait blâmer Barjavel.
Pourquoi se préoccuper des chevaux à rayures quand on peut chevaucher des loups !


Re: Que lisez-vous en ce moment ?
@Judith Merci pour le lien, je vais écouter ça.
@Brunehilde Il n'y a pas qu'une "forme de misogynie" dans Ravage, les femmes sont comparées à du bétail ou à de la terre agricole, le patriarche est respecté parce qu'il a eu plus de 100 garçons (!) pour une seule fille (offerte à son successeur), etc. La discrimination reste une discrimation quel que soit son contexte historique, se servir comme je le vois trop souvent de ce que l'on croit être "l'époque" pour exonérer des oeuvres de l'esprit (ou des déclarations politiques) relève soit de la paresse intellectuelle soit de la complicité idéologique qui très souvent ignorent ou feignent d'ignorer les courants opposés qui étaient pourtant vivaces. D'ailleurs je viens de voir une page wikipedia enthousiasmante sur la science-fiction féministe, ça me donne plein d'envies de lecture. Il me semble important de traiter des courants littéraires comme la science-fiction avec les mêmes égards et les mêmes précautions que la littérature dite classique.
Et je ne suis pas convaincu par la thèse de l'ironie concernant la fin du roman : le personnage principal s'en va dans sa gloire comme un héros et la machine à vapeur est détruite certes non sans laisser planer l'ombre du retour inéxorable de la technique mais à aucun moment je n'ai perçu de rire moqueur de Barjavel sur cette communauté (qui pratique tout de même allègrement l'autodafé) d'autant que son ironie est mordante dans la première partie du roman. Par ailleurs, il est certes très critique sur le gouvernement dans la première partie mais j'y perçois peut-être plus une dénonciation de la mollesse des vaincus que celle du collaborationnisme qui a suivi et m'est avis que la moindre insinuation en ce sens aurait conduit à une censure de son roman. En revanche je ne réduis pas son exaltation des corps à un virilisme d'extrême droite mais plus à son rapport très intime à la terre et à l'artisanat, reste cependant à déterminer si ces idéologies n'ont pas de ce fait trouvé un écho chez Barjavel.
Je continue précisément d'essayer de démêler le vrai du faux dans cette affaire sans essayer ni d'alourdir la charge ni de défausser l'auteur de sa responsabilité d'homme au motif qu'il aurait signé des ouvrages précurseurs. Et on pourra de toute façon m'accuser de wokisme parce que pour le coup c'est vrai, j'assume totalement
@Brunehilde Il n'y a pas qu'une "forme de misogynie" dans Ravage, les femmes sont comparées à du bétail ou à de la terre agricole, le patriarche est respecté parce qu'il a eu plus de 100 garçons (!) pour une seule fille (offerte à son successeur), etc. La discrimination reste une discrimation quel que soit son contexte historique, se servir comme je le vois trop souvent de ce que l'on croit être "l'époque" pour exonérer des oeuvres de l'esprit (ou des déclarations politiques) relève soit de la paresse intellectuelle soit de la complicité idéologique qui très souvent ignorent ou feignent d'ignorer les courants opposés qui étaient pourtant vivaces. D'ailleurs je viens de voir une page wikipedia enthousiasmante sur la science-fiction féministe, ça me donne plein d'envies de lecture. Il me semble important de traiter des courants littéraires comme la science-fiction avec les mêmes égards et les mêmes précautions que la littérature dite classique.
Et je ne suis pas convaincu par la thèse de l'ironie concernant la fin du roman : le personnage principal s'en va dans sa gloire comme un héros et la machine à vapeur est détruite certes non sans laisser planer l'ombre du retour inéxorable de la technique mais à aucun moment je n'ai perçu de rire moqueur de Barjavel sur cette communauté (qui pratique tout de même allègrement l'autodafé) d'autant que son ironie est mordante dans la première partie du roman. Par ailleurs, il est certes très critique sur le gouvernement dans la première partie mais j'y perçois peut-être plus une dénonciation de la mollesse des vaincus que celle du collaborationnisme qui a suivi et m'est avis que la moindre insinuation en ce sens aurait conduit à une censure de son roman. En revanche je ne réduis pas son exaltation des corps à un virilisme d'extrême droite mais plus à son rapport très intime à la terre et à l'artisanat, reste cependant à déterminer si ces idéologies n'ont pas de ce fait trouvé un écho chez Barjavel.
Je continue précisément d'essayer de démêler le vrai du faux dans cette affaire sans essayer ni d'alourdir la charge ni de défausser l'auteur de sa responsabilité d'homme au motif qu'il aurait signé des ouvrages précurseurs. Et on pourra de toute façon m'accuser de wokisme parce que pour le coup c'est vrai, j'assume totalement
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Par contre je ne vois pas bien ce que Jancovici vient faire là-dedans, dieu vivant des sciences et de l'économie et maintenant maître de conf en littérature ? Va-t-il remplacer Hélène Darroze dans Top Chef tout en battant le record de speedrun sur Sekiro ? Cet homme est vraiment trop grand pour son siècle.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je te rassure, je ne cherche pas à "excuser" quoi que ce soit, ni à idolâtrer Barjavel, et je me rappelle bien de cette fin, d'ailleurs elle a marqué beaucoup de monde. En revanche parler du contexte est important, on est tous influencés par notre époque. Je remarque personnellement que Barjavel semblait nettement moins misogyne dans la deuxième partie de sa carrière. Sans être des modèles de féminisme, les femmes étaient bien plus au centre des récits. Il a donc au moins eu le mérite d'évoluer, même s'il n'a probablement pas été un précurseur sur ce point.enufsed a écrit : jeu. 29 mai 2025 21:41
Il n'y a pas qu'une "forme de misogynie" dans Ravage, les femmes sont comparées à du bétail ou à de la terre agricole, le patriarche est respecté parce qu'il a eu plus de 100 garçons (!) pour une seule fille (offerte à son successeur), etc. La discrimination reste une discrimation quel que soit son contexte historique, se servir comme je le vois trop souvent de ce que l'on croit être "l'époque" pour exonérer des oeuvres de l'esprit (ou des déclarations politiques) relève soit de la paresse intellectuelle soit de la complicité idéologique qui très souvent ignorent ou feignent d'ignorer les courants opposés qui étaient pourtant vivaces. D'ailleurs je viens de voir une page wikipedia enthousiasmante sur la science-fiction féministe, ça me donne plein d'envies de lecture. Il me semble important de traiter des courants littéraires comme la science-fiction avec les mêmes égards et les mêmes précautions que la littérature dite classique.
Personnellement j'ai lu la Nuit des temps, le Grand Secret, Ravages, l'Enchanteur et le Voyageur imprudent. Ce dernier étant de la même période que Ravage (et là aussi il y a des sorties misogynes d'ailleurs). Les autres me semblent nettement différents.
Je suis intéressée par ta découverte de la science-fiction féministe d'ailleurs, j'ai toujours eu l'impression que le genre a eu du mal a évoluer par rapport à d'autres genres, donc je prendrai les sources si tu en postes.
Je suppose qu'on peut voir la chose selon les deux angles, et je n'ai pas la prétention d'être dans sa tête lorsque le livre est sorti. Mais encore une fois si on juge l'auteur sur l'ensemble de son œuvre, je ne pense pas que ça tienne. Il a lui-même décrit sa vision utopiste de la société dans La Nuit des Temps, et ce n'était pas du tout cette société rurale et patriarcale de la fin de Ravage.enufsed a écrit : jeu. 29 mai 2025 21:41
Et je ne suis pas convaincu par la thèse de l'ironie concernant la fin du roman : le personnage principal s'en va dans sa gloire comme un héros et la machine à vapeur est détruite certes non sans laisser planer l'ombre du retour inéxorable de la technique mais à aucun moment je n'ai perçu de rire moqueur de Barjavel sur cette communauté (qui pratique tout de même allègrement l'autodafé) d'autant que son ironie est mordante dans la première partie du roman. Par ailleurs, il est certes très critique sur le gouvernement dans la première partie mais j'y perçois peut-être plus une dénonciation de la mollesse des vaincus que celle du collaborationnisme qui a suivi et m'est avis que la moindre insinuation en ce sens aurait conduit à une censure de son roman. En revanche je ne réduis pas son exaltation des corps à un virilisme d'extrême droite mais plus à son rapport très intime à la terre et à l'artisanat, reste cependant à déterminer si ces idéologies n'ont pas de ce fait trouvé un écho chez Barjavel.
Est-ce que ça aurait vraiment un intérêt ? Perso je me fous de ce genre d'étiquette, donc tu feras bien comme tu veux.enufsed a écrit : jeu. 29 mai 2025 21:41
...
Et on pourra de toute façon m'accuser de wokisme parce que pour le coup c'est vrai, j'assume totalement![]()
enufsed a écrit : jeu. 29 mai 2025 21:41Hors-sujetPar contre je ne vois pas bien ce que Jancovici vient faire là-dedans, dieu vivant des sciences et de l'économie et maintenant maître de conf en littérature ? Va-t-il remplacer Hélène Darroze dans Top Chef tout en battant le record de speedrun sur Sekiro ? Cet homme est vraiment trop grand pour son siècle.
Je fais en fait référence à ceci :
https://www.tiktok.com/@jancoviciquote/ ... 6124233989
La réflexion de Jancovici sur l'influence de l'abondance d'énergie et des avancées technologiques sur les progrès sociétaux est pertinente, et le risque de voir une régression sur les avancées féministes (et les autres) est réél.
Donc oui il a abordé le sujet, mais pas comme critique littéraire, ne t'inquiète pas
(ok j'avoue, le record de speedrun, ça aurait pu être drôle)
Pourquoi se préoccuper des chevaux à rayures quand on peut chevaucher des loups !


Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Merci @Brunehilde pour ta réponse très complète qui rejoint les deux podcasts que j'ai écoutés sur France Culture. J'ai un souvenir très lointain de la Nuit des Temps qui ne m'avait pas choqué outre mesure, c'est d'ailleurs pourquoi j'avais du mal à réduire l'auteur à ce texte de Ravage.
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je me suis remis aux romans récemment, grâce à une merveilleuse boite-à-livres près de la petite gare du sud-ouest où j'habite et où les gens du coin déposent régulièrement des classiques, scolaires sans doute pour la plupart et parfois annotés (dans le premier quart du livre, je n'ai encore jamais vu de phrases soulignées passé ce cap). Balzac, Maupassant, Flaubert, Zola et... Théophile Gautier. Il est passionnant de voir la différence de style profonde entre les auteurs qui ont pourtant des histoires très similaires sur le fond et un angle narratif qui semble fixé par le canon littéraire de l'époque, avec une certaine distance du narrateur omniscient, une étude des mœurs, un rythme temporel implacable. Mais chaque auteur apporte sa touche personnelle et Balzac est particulièrement impressionnant dans son lyrisme permanent et chaleureux, voué à la peinture des émotions.
Mais Théophile Gautier surtout m'a passionné, grâce au Capitaine Fracasse et sa fresque médiévale improbable et touchante. Pour une fois et cela est rare dans un roman, Gautier parsème le chemin de ses héros d'aventures heureuses et d'évènements inattendus et peu crédibles mais souriants. Un vrai roman de capes et d'épées avec bien sûr le héros qui est le meilleur bretteur du royaume (sans le savoir) et l'amour fou et absolu né d'un seul regard dès les premières pages. Et cet humour à froid... Qui est la marque de Gautier. Une façon de raconter un évènement surprenant avec toute la rigueur omnisciente en apparence puis deux lignes après : l'explication réelle, beaucoup plus terre-à-terre qui remet en cause tout ce qui a été dit auparavant. Ainsi la mort du chat du héros, magistrale, que je préfère ne pas dévoiler plus. Ou par exemple, cette halte dans une auberge "du Lion Bleu". Et diantre qu'il est surprenant de voir un Lion Bleu, peint de toute sa majesté sur la façade, comme un contrepied à tous ces auberges du "Lion d'Or" qui parsèment le royaume, le bleu en écho du ciel, en hommage royal, en beaucoup de choses très symboliques détaillées par le narrateur. Qui finit par se rappeler qu'en fait, l'artiste-peintre du coin n'avait plus de couleur Or dans sa besace et qu'un trajet à la ville pour le renouveler aurait coûté trop cher, ce qui a donné beaucoup d'échoppes "bleues" dans les alentours. J'adore.
Et une façon de pratiquer la didascalie également, de sortir du rôle de narration pour s'adresser directement au lecteur le temps de quelques paragraphes, ou de se transformer en "homme invisible" qui avoue qu'il ne devrait pas avoir le droit d'entrer à cet endroit du château, parce qu'une servante en garde l'entrée mais qu'il se permet et nous emmène ainsi discrètement au saint des saints. Ou encore, sa passion assumée pour les personnages féminins Artémisiaques. Le Capitaine Fracasse fut un vrai régal à lire.
Extraits
Partant de là j'explore en ce moment l'œuvre de Gautier, en poèmes, nouvelles et romans.
Sélection de poèmes :
Le roman "Mademoiselle de Maupin" m'a un tout petit peu déçu, compte-tenu de toute l'épopée possible autour du personnage historique et du talent de Gautier pour les romans de cape et d'épée...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoise ... _(actrice)
Et bien ce fut un roman de moeurs tout à fait classique et charmant, mais très loin du potentiel du matériel d'origine. L'ouvrage est célèbre pour sa préface (https://fr.wikisource.org/wiki/Mademois ... %C3%A9face) où Gautier tranche un débat flottant dans l'air de son temps, à savoir celui du rôle de l'Art dans une société moderne. A priori existait alors une querelle tournant autour du Positivisme d'Auguste Comte, savoir si dans une société technologique positiviste qui tendait à éloigner les religieux de l'équation du monde, les artistes ne devraient pas tenir le rôle d'avant-garde mystique et morale et politiser l'Art afin d'en faire le nouveau Clergé de la société. Je résume ici l'un des points de vue exprimé dans un essai sur cette séquence historique, il y a d'autres lectures possible et de ce que j'en ai vu, cette période est un écheveau très complexe de multiples intérêts. Mais dans cette préface, Gautier établit le rôle de l'Art pour l'Art, l'Esthétique comme seule vertu devant guider les artistes, qui ne doivent surtout pas verser dans les querelles bassement matérielles du Temps — ce qui conduira logiquement à l'émergence du Parnasse en poésie dans les années suivantes.
Edit : pour les stylistes, un article intéressant de Proust à propos du style de Flaubert
https://marcel-proust.com/style-flaubert
Mais Théophile Gautier surtout m'a passionné, grâce au Capitaine Fracasse et sa fresque médiévale improbable et touchante. Pour une fois et cela est rare dans un roman, Gautier parsème le chemin de ses héros d'aventures heureuses et d'évènements inattendus et peu crédibles mais souriants. Un vrai roman de capes et d'épées avec bien sûr le héros qui est le meilleur bretteur du royaume (sans le savoir) et l'amour fou et absolu né d'un seul regard dès les premières pages. Et cet humour à froid... Qui est la marque de Gautier. Une façon de raconter un évènement surprenant avec toute la rigueur omnisciente en apparence puis deux lignes après : l'explication réelle, beaucoup plus terre-à-terre qui remet en cause tout ce qui a été dit auparavant. Ainsi la mort du chat du héros, magistrale, que je préfère ne pas dévoiler plus. Ou par exemple, cette halte dans une auberge "du Lion Bleu". Et diantre qu'il est surprenant de voir un Lion Bleu, peint de toute sa majesté sur la façade, comme un contrepied à tous ces auberges du "Lion d'Or" qui parsèment le royaume, le bleu en écho du ciel, en hommage royal, en beaucoup de choses très symboliques détaillées par le narrateur. Qui finit par se rappeler qu'en fait, l'artiste-peintre du coin n'avait plus de couleur Or dans sa besace et qu'un trajet à la ville pour le renouveler aurait coûté trop cher, ce qui a donné beaucoup d'échoppes "bleues" dans les alentours. J'adore.
Et une façon de pratiquer la didascalie également, de sortir du rôle de narration pour s'adresser directement au lecteur le temps de quelques paragraphes, ou de se transformer en "homme invisible" qui avoue qu'il ne devrait pas avoir le droit d'entrer à cet endroit du château, parce qu'une servante en garde l'entrée mais qu'il se permet et nous emmène ainsi discrètement au saint des saints. Ou encore, sa passion assumée pour les personnages féminins Artémisiaques. Le Capitaine Fracasse fut un vrai régal à lire.
Extraits
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Sélection de poèmes :
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoise ... _(actrice)
Et bien ce fut un roman de moeurs tout à fait classique et charmant, mais très loin du potentiel du matériel d'origine. L'ouvrage est célèbre pour sa préface (https://fr.wikisource.org/wiki/Mademois ... %C3%A9face) où Gautier tranche un débat flottant dans l'air de son temps, à savoir celui du rôle de l'Art dans une société moderne. A priori existait alors une querelle tournant autour du Positivisme d'Auguste Comte, savoir si dans une société technologique positiviste qui tendait à éloigner les religieux de l'équation du monde, les artistes ne devraient pas tenir le rôle d'avant-garde mystique et morale et politiser l'Art afin d'en faire le nouveau Clergé de la société. Je résume ici l'un des points de vue exprimé dans un essai sur cette séquence historique, il y a d'autres lectures possible et de ce que j'en ai vu, cette période est un écheveau très complexe de multiples intérêts. Mais dans cette préface, Gautier établit le rôle de l'Art pour l'Art, l'Esthétique comme seule vertu devant guider les artistes, qui ne doivent surtout pas verser dans les querelles bassement matérielles du Temps — ce qui conduira logiquement à l'émergence du Parnasse en poésie dans les années suivantes.
Edit : pour les stylistes, un article intéressant de Proust à propos du style de Flaubert
https://marcel-proust.com/style-flaubert
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Un court recueil ce matin, de la poésie trouvée dans une friperie littéraire et qui traînait au fond d'un sac. Le temps d'un café lumineux, les Romances Gitanes de Federico García Lorca et je suis estomaqué... sonné encore. La fin du poème San Raphael
Un solo pez en agua
Dos Córdobas de hermosura
Córdoba quebrada en chorros
Celeste Córdoba enjuta
En français : https://www.numance-lettres.fr/agr%C3%A ... l-cordoue/
En espagnol : https://www.poemas-del-alma.com/san-rafael.htm
Poésie brute, assénée au couteau et dansante comme la robe de la lune, sur le vieux rythme médiéval des romancero... un chef d'œuvre.
O toi, la ville des Gitans,
la garde civile est partie
dans un grand tunnel de silence
pendant que le feu te saisit
O toi la ville des Gitans !
Qui peut perdre ton souvenir ?
Qu'on te cherche donc sur mon front
La lune et le sable s'unissent
https://www.numance-lettres.fr/agr%C3%A ... espagnole/
Je l'avais acheté en cadeau pour une amie espagnole, et bien j'en suis ravi
*
Un seul poisson dans les eaux.
Deux Cordoue à être belles.
Cordoue ployant sous les flots.
La sèche Cordoue du ciel.
Un seul poisson dans les eaux.
Deux Cordoue à être belles.
Cordoue ployant sous les flots.
La sèche Cordoue du ciel.
Un solo pez en agua
Dos Córdobas de hermosura
Córdoba quebrada en chorros
Celeste Córdoba enjuta
En français : https://www.numance-lettres.fr/agr%C3%A ... l-cordoue/
En espagnol : https://www.poemas-del-alma.com/san-rafael.htm
Poésie brute, assénée au couteau et dansante comme la robe de la lune, sur le vieux rythme médiéval des romancero... un chef d'œuvre.
O toi, la ville des Gitans,
la garde civile est partie
dans un grand tunnel de silence
pendant que le feu te saisit
O toi la ville des Gitans !
Qui peut perdre ton souvenir ?
Qu'on te cherche donc sur mon front
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Fatiguée par un taf trop intense ces derniers mois (années?), il m’est difficile de lire comme j’aime le faire habituellement.
J’ai avalé le court recueil « Ces Hommes qui m’Expliquent la Vie » de Solnit, traduit de l’américain en français en 2021 je crois.
On y retrouve la question épineuse de la violence et du genre et une tentative à mon sens de prouver la globalisation de cette violence massivement masculine (arrêter d’opposer un occident prétendument éclairé et le reste du monde dans l’obscurité, c’est salutaire à mon sens, et c’est ce qu’elle fait).
J’ai également commencé « Nexus » de Harari, traduit de l’anglais en français en 2024. Au delà de l’agacement que peut me provoquer sa lecture sur la simplification simpliste des faits historiques (c’est fait pour, donc me plaindre de ça c’est foncièrement inutile), ça me fait l’effet de mater un bon divertissement.
J’ai dans l’idée que l’ia telle que développée en ce moment va défoncer encore un peu + la moindre pensée critique ou questionnement salutaire, et je pense que c’est l’objet de son bouquin (je ne l’ai pas fini). Je vois en revanche poindre l’éternelle opposition croyance VS science, et ça me gonfle, mais je vais essayer de continuer si ça ne m’exaspère pas trop.
Sinon j’ai tenté « l’Oeuvre au Noir » de Yourcenar, publié en 1968, mais les romans me tombent des mains en ce moment. Et pareil, j’ai entraperçu l’opposition croyances vs sciences, et ça me gonfle. Moi qui adore douter de tout, ne jamais être certaine de rien (une connaissance holistique est impossible, c’est justement ça qui fait tout son intérêt à mes yeux), cette opposition nous fait patauger dans la semoule depuis un bon bout de temps je crois.
J’ai avalé le court recueil « Ces Hommes qui m’Expliquent la Vie » de Solnit, traduit de l’américain en français en 2021 je crois.
On y retrouve la question épineuse de la violence et du genre et une tentative à mon sens de prouver la globalisation de cette violence massivement masculine (arrêter d’opposer un occident prétendument éclairé et le reste du monde dans l’obscurité, c’est salutaire à mon sens, et c’est ce qu’elle fait).
J’ai également commencé « Nexus » de Harari, traduit de l’anglais en français en 2024. Au delà de l’agacement que peut me provoquer sa lecture sur la simplification simpliste des faits historiques (c’est fait pour, donc me plaindre de ça c’est foncièrement inutile), ça me fait l’effet de mater un bon divertissement.
J’ai dans l’idée que l’ia telle que développée en ce moment va défoncer encore un peu + la moindre pensée critique ou questionnement salutaire, et je pense que c’est l’objet de son bouquin (je ne l’ai pas fini). Je vois en revanche poindre l’éternelle opposition croyance VS science, et ça me gonfle, mais je vais essayer de continuer si ça ne m’exaspère pas trop.
Sinon j’ai tenté « l’Oeuvre au Noir » de Yourcenar, publié en 1968, mais les romans me tombent des mains en ce moment. Et pareil, j’ai entraperçu l’opposition croyances vs sciences, et ça me gonfle. Moi qui adore douter de tout, ne jamais être certaine de rien (une connaissance holistique est impossible, c’est justement ça qui fait tout son intérêt à mes yeux), cette opposition nous fait patauger dans la semoule depuis un bon bout de temps je crois.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Je lis Le Paradoxe du Rire d’Olivia Gazalé.
Pas vraiment drôle, c’est un essai, facile à lire et plutôt interessant traitant de la place du rire au cours de l’histoire.
Le livre devient pénible en revanche lorsque Olivia Gazalé n’analyse plus le rire aujourd’hui qu’au travers du prisme du rapport de domination, homme/femme, blanc/non blanc, valide/non valide, homme blanc/le reste du monde …sans grande subtilité et sans aucune prise de recul, notamment au sujet de la gratuité du rire qui casse les barrières.
L’autrice est philosophe.
Philosophe intersectionnelle est un oxymore auquel je peine à trouver une signification, ce qui modère très largement l’intérêt que je peux porter à ce livre pourtant pas inintéressant par ailleurs.
Pas vraiment drôle, c’est un essai, facile à lire et plutôt interessant traitant de la place du rire au cours de l’histoire.
Le livre devient pénible en revanche lorsque Olivia Gazalé n’analyse plus le rire aujourd’hui qu’au travers du prisme du rapport de domination, homme/femme, blanc/non blanc, valide/non valide, homme blanc/le reste du monde …sans grande subtilité et sans aucune prise de recul, notamment au sujet de la gratuité du rire qui casse les barrières.
L’autrice est philosophe.
Philosophe intersectionnelle est un oxymore auquel je peine à trouver une signification, ce qui modère très largement l’intérêt que je peux porter à ce livre pourtant pas inintéressant par ailleurs.
"Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes"
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Tiens c’est marrant, j’ai jamais pensé que la philosophie et l’intersectionnalité s’opposaient @Swinn. M’enfin je n’y ai jamais réfléchi non plus, je ne suis pas calée en philo.
En tout cas ça me fait envie d’aller jeter un coup d’oeil à ce bouquin. Évoluant dans un milieu où à peu près tout ce qui fait rire collectivement concerne soit les noirs et les arabes (au sens très très large), soit les pauvres (dans le sens des « cassos »), je me demande ce qu’elle en dit la dame.
Et puis avec l’extrême droite qui prend de plus en plus ses aises et la vénération des entrepreneurs pétés de thune, l’humour que j’entends assez souvent est une espèce de gloubiboulga raciste ultralibéral qui pue un peu la merde je trouve. Enfin pour ma part j’ai plutôt la sensation d’être dans une sorte d’enfer tiédasse entouré de barrières dont je ne peux soit m’échapper soit pénétrer plutôt que d’être en train de rigoler avec mes semblables. Heureusement qu’on parvient à trouver ensemble d’autres sujets de rire, au prix d’un effort considérable de ma part.
Merci en tout cas!
En tout cas ça me fait envie d’aller jeter un coup d’oeil à ce bouquin. Évoluant dans un milieu où à peu près tout ce qui fait rire collectivement concerne soit les noirs et les arabes (au sens très très large), soit les pauvres (dans le sens des « cassos »), je me demande ce qu’elle en dit la dame.
Et puis avec l’extrême droite qui prend de plus en plus ses aises et la vénération des entrepreneurs pétés de thune, l’humour que j’entends assez souvent est une espèce de gloubiboulga raciste ultralibéral qui pue un peu la merde je trouve. Enfin pour ma part j’ai plutôt la sensation d’être dans une sorte d’enfer tiédasse entouré de barrières dont je ne peux soit m’échapper soit pénétrer plutôt que d’être en train de rigoler avec mes semblables. Heureusement qu’on parvient à trouver ensemble d’autres sujets de rire, au prix d’un effort considérable de ma part.
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Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Parmi les lectures en cours : T.E.D. Klein, Dark Gods. Klein a peu écrit (un roman, deux recueils de nouvelles, dont Dark Gods, donc) mais il semblerait qu'il jouisse d'une certaine aura chez les amateurs de weird fiction. J'ai un peu de mal à saisir pourquoi on tient tant à le peindre en continuateur de Lovecraft : d'accord, Klein emploie lui aussi le motif des monstres glutineux venus d'en-deçà ou d'ailleurs, mais les siens ont quelque chose d'irrésistiblement contrariant. Ils sont abjects et homicides, c'est vrai, mais l'effarement dans lequel ils plongent des protagonistes à peu près détestables - snobs, superficiels et vaguement racistes - est plutôt réjouissant. C'est pour le coup qu'on rejoint Lovecraft, mais la peur de l'autre est traitée chez Klein avec une férocité qui change tout. C'est aussi drôle que L'Invasion des Profanateurs de 1978 - qu'en tout cas moi je trouve drôle.
Pas traduit, difficile à trouver, mais si vous avez l'occasion et l'envie...
Pas traduit, difficile à trouver, mais si vous avez l'occasion et l'envie...
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?
Re: Que lisez-vous en ce moment ?
Dieu merci existent la musique, le métro et Platon. Un livre de poche pris au hasard, parce qu'il rentrait dans la poche justement. Le Ménon
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