@Swinn Ton message est vraiment super intéressant.
Sur le Black Album : Metallica fut le pionner disons "reconnu" du thrash dans les années 80 avec
Kill'em All puis aux côtés des autres membres historiques du "Big Four", Megadeth, Anthrax et Slayer. Ces derniers ayant atteint à mon sens les limites du genre sur l'album
Reign in Blood sorti en 1986 et qui reste pour moi le monument absolu du genre : rythme à plus de 200bpm, solos de folie (le duo King / Hanneman à son apogée) soutenus par la double pédale de Lombardo et Araya au chant à l'époque où il avait encore une voix (je suis un fan absolu de Slayer, ça se voit ?), et puis la limite du soutenable en terme de paroles et de thématique avec le très très très controversé
Angel of Death qui traite des expérimentations horribles de Mengele. Là-dessus on rajoute la quincaillerie provocatrice du groupe : le fameux aigle impérial barré d'une étoile satanique, ces concerts où le morceau
Reign in Blood se termine en faisant peleuvoir sur les musiciens une sauce rouge sang façon Carrie et les guitares BC Rich véritables hachoirs.
À ce moment là la chose était entendue, le thrash n'irait pas plus loin et il a connu son lent déclin : les morceaux ont baissé en vitesse et gagné en complexité. La fin de l'âge d'or reste effectivement à mes yeux le Black Album : Metallica a clôturé là une période de génie peuplé d'albums majeurs,
Master of Puppets,
Ride the Lightning et
And justice for All. Les cinq albums de cette époque restent à mes yeux des monuments, des classiques qu'on doit avoir au moins écouté une fois dans sa vie (je reste un amoureux de
Fade to black, quel morceau, écrit par des presque encore mômes de 20 ans et que dire de
One).
Le Black album termine cette mutation du groupe vers une musique plus rock, plus accessible, et la consécration. Je continue de considérer cet album comme un album parfait dans son genre et qui figure à côté d'autres historiques comme le
Thriller de Jackson ou
Dark Side of the Moon des Floyd, ce qui ne veut pas dire que c'est mon préféré, loin de là (Dark side of the moon est par exemple un des Pink Floyd que j'aime le moins). Avec cet album, Metallica est devenu un groupe de stature internationale, les morceaux sont courts, tout le monde en connaît au moins un ou deux ou trois : Nothing else matter évidemment mais aussi Enter Sandman ou the Unforgiven. Metallica a un sens de la chanson que la majorité des groupes de metal n'ont pas. D'ailleurs c'est le propre du metal en général de faire de la musique incompatible avec la radio, en particulier sur les longueurs : que ce soient les 63 mins de Dopesmoker de Sleep ou les 1,316 secondes de You Suffer de Napalm Death.
Quand tu poses la question de la brutalité, c'est très intéressant parce que de fait ça pose celle de notre habituation : entendre Pupil Slicer ou Portal en 1985 aurait été insupportable, je dirais même tout simplement inenvisageable. Même pour un public non concerné par le metal ou toutes les musiques contestataires, les habitudes sonores ont changé, entendre Iron Maiden aujourd'hui fait sourire, on peine à imaginer que Tipper Gore (la femme d'Al Gore) ait pu dans ces années 80, par réflexe conservateur, mettre sur liste noire Twisted Sister, Judas Priest et même...Cindy Lauper. Entendre Nirvana ou RATM aujourd'hui c'est avoir le goût des fraises tagada plus que celui de la révolution. C'est triste à dire (pour moi) mais Smell like teen spirit dans une soirée de cadres cravate sur l'épaule ça a le même effet que les Lacs du Connemara.
Dès lors ça pose la question de l'après : comment porter musicalement le décalage, l'extrême, le truc qui dérange. C'est en ce sens premier que je dis brutal (qui n'est pas non plus étranger au sens évoqué par
@Le Styx, ce côté sale gosse de "qui envoie du bois", qui fait râler les parents, un peu deuxième degré). Comment rendre la musicale inamicale ? Parce que contester et déconstruire la société passait justement par la déconstruction musicale. Je persiste à dire que Portal ou Ulcerate restent quand même difficiles d'accès, et ta remarque montre surtout une grande ouverture d'esprit de ta part, je me souviens qu'un jour tu as posté spontanément Inter Arma et Emperor, c'est pas rien niveau exploration du spectre musical

. D'un autre côté le metal est un peu malgré lui associé aujourd'hui au Hellfest en France qui à la fois a permis de sortir cette musique de l'ombre et aussi de la mettre sous une lumière grand guignolesque (les culs du Petit Journal et des reportages remplis de déguisements Bob l'éponge). Les metalleux ont le cul entre deux chaises entre renverser la table et réclamer une forme de reconnaissance qui se traduit de plus en plus en un schisme entre festivaliers d'ailleurs.
Ceci étant les cris, vitesse, puissance, saturation, cacophonie apparente, et thématiques provocantes restent pour une majorité d'auditeurs à des niveaux différents une forme d'agression. Mais on voit que certains éléments qui provoquaient un rejet violent hier (thrash metal) sont aujourd'hui des motifs inoffensifs ou nostalgiques, ça fait partie du paysage. On se demande alors comment évoquer un rapport violent au monde à travers la musique.
Une des pistes serait potentiellement le noise (Pharmakon - Devour, que j'aime beaucoup, mais on écoute pas ça en faisant son footing), le harsh noise (là c'est raide genre Merzbow - Pulse Demon) et au bout du bout du bout le harsh noise wall (Vomir - Claustration 1). Là on est plus dans le manifeste d'art contemporain.