La
symétrie en tant que déclencheur du plaisir ? Comme ça, le samedi matin au réveil ? Dur.
Première réaction instinctive (et l'instinct, ce n'est pas ce qui marche le mieux chez moi...) : oui, pourquoi pas ? J'aime bien les structures symétriques, ça me parle, je trouve ça équilibré, logique et même naturel. Mais pourquoi mes peintres préférés sont ils impressionnistes (et "flous") ou évocatifs (et "vagues") comme Turner, ou encore monomaniaques ( et "texturé") comme Soulage? Pourquoi je n'aime pas les jardins à la Française et je préfère de loin les courbes végétales Asiatiques. Oui, tiens, pourquoi ?
Pourquoi la symétrie, j'aime ça, donc ?
La Science étant depuis toujours ma colonne vertébrale, ma boussole et ma drogue (toujours ce foutu besoin de comprendre "pourquoi"), pas trop de surprise à trouver du plaisir pour moi dans la
symétrie. Tellement de
symétrie dans la nature, pour des raisons de moindre énergie, de sélectivité biologique ou chimique, de stabilité mécanique et j'en passe. Quel pied à apprendre la cristallographie, à diagonaliser des matrices, à analyser des molécules chirales. La
symétrie m'accompagne donc depuis longtemps et je pense que comme beaucoup d'autres, elle me rassure parfois.
La
symétrie comme un doudou, alors ? Je pense que c'est une partie de l'explication et qu'elle a un côté rassurant pour nombre de gens, car familier, facile à comprendre, "logique" ou plutôt, convenu et attendu intuitivement. Elle en appelle au côté "habituel" de la pensée humaine, se suffit à elle-même sans nécessiter plus d'explications : "je suis symétrique et donc, complet, optimisé, stable".
La
symétrie comme un facteur d'appartenance ? Les humains et nombres d'animaux sont particulièrement symétriques si l'on y regarde bien ( mais pas de trop près, nous y reviendrons plus bas) et les individus qui sortent du cadre symétrique activent un rejet ou inversement un intérêt immédiat (les manchots, les chiens à patte manquante, etc, etc). La
symétrie est consubstantielle à l'espèce humaine car cette dernière est conçue
extérieurement comme ça (mais pas l'intérieur de l'être humain, ni la façon dont il utilise son corps... intéressant), statistiquement sur l'ensemble de la population. Ce qui est symétrique me serait donc "naturel" et "semblable" ?
Pourquoi la symétrie, j'aime pas que ça, donc ?
Mais alors, pourquoi je fuis la
symétrie dans bon nombre de mes petits plaisirs, de mes ressentis, quand je fais la cuisine, quand il s'agit d'art ?
La
symétrie est efficace, mais elle est ennuyeuse ? Vous noterez que les humains font tout pour ne pas se ressembler et dans de nombreux cas, casser cette fameuse
symétrie axiale et verticale qui les caractérise (la frange à gauche ou à droite ? Une ou deux, ou trois, ou quatre, ou... boucles d'oreille ?).
@GraineDeNana , je n'ai pas pris le temps de lire le document que tu as mise en lien, mais il me semble tout de même que l'art véritablement "symétrique" est minoritaire (même si on peut trouver de la
symétrie partout) et que la sculpture ou la peinture ont plutôt tendance à s'en écarter (lignes de fuite, jeux de lumières, flou...) pour évoquer et symboliser de manière moins "figée" ou "contrainte".
La
symétrie est réductrice ? Du point de vue du chimiste, elle organise le chaos mais ce sont ses petits défauts qui créent la beauté. Pourquoi les pierres précieuses sont-elles colorées ? Car au sein de leur matrice cristalline et symétrique, ce sont des inclusions aléatoires et différenciées qui le leur permettent. Pourquoi certaines molécules sont-elles des médicaments mais leurs symétrique (énantiomère) des poisons ? Car la biologie utilise leur particularité d'asymétrie comme critère de sélectivité (je vous disais que, dedans, on n'est pas symétriques). Pourquoi le brillant (lumineux) existe-t-il ? Car seule la réflexion totale de la lumière incidente dans un angle symétrique à celui de la vision permet de la renvoyer totalement. Mais cela signifie alors que toute réflexion asymétrique ou multiple génère le mat. Merci Soulage ! La
symétrie porte en elle l'asymétrie, et c'est très bien comme ça, les deux peuvent servir.
Ma conclusion personnelle à moi que j'ai et que c'est réducteur et que j'en ai bien conscience merci, ce serait donc que la
symétrie me rassure autant qu'elle me limite. Qu'elle est une poursuite consciente de mon cerveau gauche car elle me rassure et me renvoie à un monde compris et maitrisé, mais que mon cerveau droit l'évite inconsciemment car elle me retient et me limite dans ma poursuite du nouveau et de l'inattendu.
Comme quoi, on arrive à réfléchir le samedi matin, mais que ça fait mal au crâne quand même... Et comme quoi, apparemment, j'ai un cerveau droit.
En revanche, l'anti-
symétrie (défaut de
symétrie voulu et pensé) me hérisse les poils systématiquement. Je vous laisser réfléchir sur ça.
Faudra aussi qu'on cause de fractalité un jour... Là où la physique rejoint la philosophie.